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Convention fiscale France-EAU : 5 points que les expatriés ignorent

📅 4 avril 2026 ✍️ Jonathan Sémon
En bref

La convention fiscale France-EAU de 1989 comporte des dispositifs méconnus qui exposent les expatriés à des impôts inattendus. Article 19§2 sur les pensions publiques, échange automatique d'informations (article 26), imposition des revenus immobiliers, absence de protection contre les règles anti-abus, et nouvelles exigences déclaratives 2025 : découvrez les angles morts de la convention.

La convention fiscale France-EAU du 19 juillet 1989, publiée par le décret n° 90-631 du 13 juillet 1990, est réputée favorable aux expatriés français aux Émirats. Pourtant, plusieurs dispositions mal connues créent des pièges coûteux. Cet article décrypte 5 points que les résidents fiscaux aux EAU ignorent généralement, avec conséquences patrimoniales directes.

Point 1 : Article 19§2 — Les pensions publiques restent imposées en France

L'article 19§2 de la convention stipule que les pensions et rentes viagères d'origine publique (retraite fonction publique, régimes d'État) restent imposables en France, indépendamment de votre résidence fiscale. Même résident fiscal aux EAU, vous devez déclarer à la DGFIP française votre pension française intégrale, et celle-ci demeure assujettie à l'impôt sur le revenu français.

Ce dispositif s'oppose à la règle générale (article 19§1) qui réserve les pensions au lieu de résidence. Le législateur français a souhaité préserver l'imposition des pensions publiques pour protéger le budget de l'État. Conséquence : un ancien fonctionnaire expatrié aux EAU paiera impôt français sur sa pension, tout en bénéficiant d'un crédit pour les impôts émirats (si équilibre fiscal aux EAU).

Point 2 : Article 26 — L'échange d'informations et l'articulation avec le CRS/AEOI

L'article 26 de la convention France-EAU prévoit l'échange d'informations entre autorités françaises (DGFIP) et émiriennes (FTA). Depuis 2015, cet article a été complété par l'adoption de la norme CRS (Common Reporting Standard) dans le cadre du standard AEOI (Automatic Exchange of Information) de l'OCDE, qui fonctionne indépendamment du traité. Les banques des EAU signalent automatiquement aux autorités locales tout compte d'un résident fiscal français, informations transmises selon le calendrier CRS (typiquement septembre de l'année suivante).

Point important : le CRS/AEOI opère en parallèle de l'article 26 du traité. L'article 26 prévoit l'échange conventionnel ; le CRS/AEOI est un standard multilatéral OCDE distinct. La combinaison des deux crée une double couche de transparence : aucune démarche n'est requise des autorités pour accéder les données bancaires, elles reçoivent un flux automatique complet des informations sur tous les comptes détenu par leurs résidents dans les institutions émirates.

Point 3 : Article 6 — L'allocation du droit d'imposer les revenus immobiliers selon le pays du bien

L'article 6 de la convention attribue à l'État de situation du bien le droit d'imposer les revenus immobiliers (loyers, revenus fonciers). Cette allocation conventionnelle ne produit imposition effective que selon le droit interne de cet État : un appartement loué aux EAU relève du droit fiscal émirati sur le revenu locatif (si celui-ci le prévoit). Un terrain à Dubaï : les EAU disposent du droit d'imposer selon leur droit interne, non la France.

Cependant, ce point piège la vigilance des expatriés : la France exige toujours la déclaration des revenus immobiliers mondiaux pour les non-résidents. Vous restez tenu de déclarer le revenu locatif émirati à la DGFIP en tant que non-résident, même si l'impôt exigible relève des EAU. L'omission crée une amende pour défaut de déclaration (1 500 EUR minimum) indépendamment de l'impôt français dû (lequel sera zéro ou calculé sur base d'un crédit pour impôt émirati).

Point 4 : Absence de protection contre les règles anti-abus (article 123 bis CGI)

Un piège majeur souvent ignoré : la convention n'offre aucune protection contre les dispositions anti-abus du droit français interne (article 123 bis du Code général des impôts). La France peut requalifier ou annuler vos structurations fiscales même si la convention reconnaît votre résidence aux EAU.

Exemple : une holding constituée aux EAU pour accumuler des dividendes à 0% QFZP, dans une optique de reporter les distributions jusqu'à votre départ de France, peut être requalifiée par la DGFIP comme abus de droit si l'administration juge que l'artifice vise uniquement l'économie d'impôt sans substance réelle aux EAU. Article 123 bis impose une charge de preuve : démontrer que l'opération comporte une substance économique ou répond à un objectif licite autre que fiscal.

Point 5 : Articulation des obligations déclaratives françaises avec la convention

Les obligations déclaratives françaises pesant sur les comptes et contrats d'assurance-vie étrangers — issues des articles 1649 A et 1649 AA du CGI — s'appliquent en parallèle de la convention et de l'échange automatique d'informations. Sont en particulier concernés :

L'effet cumulé de l'échange conventionnel France-EAU (article 26 du traité de 1989) et du CRS/AEOI multilatéral réduit fortement le risque qu'une omission soit ignorée par l'administration ; FATCA reste, lui, un dispositif distinct ne concernant que les US persons. En cas d'omission ou d'inexactitude révélée par l'échange d'informations, l'administration applique l'intérêt de retard de 0,20 % par mois (article 1727 V du CGI) et, le cas échéant, les majorations de l'article 1729 du CGI : 40 % en cas de manquement délibéré et 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou d'abus de droit. La majoration spécifique de 80 % de l'article 1729-0 A du CGI est par ailleurs susceptible de s'appliquer aux droits dus à raison d'avoirs détenus à l'étranger non déclarés, et le délai de reprise est porté à dix ans en application de l'article L. 169 du LPF.

Comment vous protéger ?

Face à ces 5 pièges, une stratégie en 3 volets :

Questions fréquemment posées

Non. L'article 19§2 vise expressément les pensions publiques (régime de retraite de l'État, fonction publique). Les pensions de source privée (caisses de retraite complémentaire, rentes viagères) demeurent imposables dans le pays où réside le bénéficiaire, ce qui signifie que les pensions privées des expatriés français seront taxées aux EAU s'ils y résident fiscalement.
L'article 26 autorise les autorités françaises et émiriennes à se transmettre automatiquement les informations relatives aux comptes bancaires, revenus, et transactions des résidents fiscaux. Les banques des EAU doivent signaler les revenus des résidents français à la DGFIP française. Cet échange est automatique depuis 2015 pour les comptes significatifs, ce qui rend les déclarations incomplètes dangereuses.
Non, l'article 6 de la convention stipule que les revenus immobiliers (y compris loyers) sont imposables dans le pays où est situé le bien. Un bien loué aux EAU relève de l'impôt émirati. Cependant, la France exige la déclaration pour les non-résidents et applique un crédit pour l'impôt émirati versé. Omission de déclaration = majorations substantielles.
Oui. La convention ne protège pas contre les règles anti-abus françaises. Si l'administration française juge que votre structuration (holding, transfert de revenus) est artificielle, elle peut la requalifier même si la convention reconnaît votre résidence aux EAU. GEOTAX aide à structurer conformément à la convention et aux règles internes anti-abus (CGI art. 123 bis ; LPF art. L. 64 et L. 64 A).

Clarifiez votre situation fiscale

Ces 5 points créent des expositions importantes. Un audit de votre position par un avocat fiscaliste spécialisé dans la convention France-EAU peut révéler des économies d'impôt ou des risques à couvrir.

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Jonathan Sémon
Jonathan Sémon

Avocat fiscaliste au Barreau de Paris

Spécialiste des conventions fiscales France-EAU et des structurations pour expatriés français aux Émirats Arabes Unis. Jonathan Sémon réunit 12+ ans d'expérience en fiscalité internationale et droit des affaires comparé.

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